La maladie vue par une bipolaire

Je vais parler de ma propre expérience. Il m’est difficile d’accepter et vraiment de parler de cette maladie tellement elle est mal vue et surtout incomprise.

D’un côté, j’ai perdu des personnes parce que la maladie a parlé à ma place mais ils ont pris cela pour un trait de caractère. Ce qui n’était pas le cas.

Pendant des années, alors que j’étais encore qu’une adolescente, je vivais des périodes dépressives et je me croyais une véritable dépressive dans l’âme.

Puis, 10 ans après ma première grosse dépression nerveuse (quand même eu à 14 ans), une amie m’a parlé de cette maladie et je commençais à me demander si cet état dépressif récurrent n’était pas, dans le fond, dû à un problème de santé psychique.

Cependant, j’en ai entendu des choses qui m’ont profondément blessée.

Alors que je m’étais disputé avec quelqu’un au téléphone, ce dernier a écrit sur facebook: Ai raccroché au nez d’une maniaco-dépressive, pas bien ! LOL !
Et quand j’ai vu 10 messages de personnes riant de moi, de ma maladie (alors que notre dispute portait vraiment sur un tort qu’il m’avait fait), j’en ai pleuré.

Tout comme le diabétique, je n’ai pas demandé à avoir cette maladie.

Au départ, c’était de véritables dépressions où je déprimais, où j’avais peine à dormir correctement, manger, faire les activités qui me plaisent ou simplement assumer ce que je devais. Et ensuite, quand j’ai fait des virages maniaques sous antidépresseurs (c’est à dire que j’ai basculé dans un état maniaque très rapidement), je ne me rendais plus compte de ce qui était vraiment réel.

J’étais vraiment sur un nuage et la dépression n’était qu’un vieux souvenir. Pire, je ne m’en souvenais plus.

Et puis, avec le temps, j’ai commencé à étudier cette maladie, à parler avec les psychiatres que j’ai consulté et j’ai cherché à comprendre ce qui m’arrivait.

Ce qui est difficile dans les maladies psychiatriques, c’est qu’il faut bien se connaître pour déceler ce qui vient de la maladie et ce qui vient de soi.

Je fais attention constamment à mes humeurs, mon appétit, surtout le sommeil et comment je réagis à ce qui me tombe dessus. C’est une vigilance de chaque instant pour éviter de monter trop haut ou de descendre trop bas.

Je prends un traitement à vie. Je sais que jusqu’à la fin de ma vie, je peux retomber en dépression, être dans un état de crise et c’est ainsi.

Je n’ai aucun contrôle sur mon trouble bipolaire. Aussi, contrôler mes émotions, mes humeurs m’est encore plus difficile que Monsieur, Madame tout le monde. Je suis impuissante mais je veille, avec l’aide de ma psychiatre de garder des courbes normales.

A l’heure où j’écris, c’est plus ou moins le cas.

Un jour, un mec m’a vu prendre mon traitement du matin et aussitôt, il m’a demandé pourquoi je prenais des médicaments. J’ai répondu que j’ai un trouble bipolaire et ce dernier s’est exclamé:

Ah bon ! Tu ne vas pas me poignarder dans le dos ??!!! J’ai vu un reportage là-dessus à la télé et une femme qui l’avait était complètement folle ! 

C’est la raison pour laquelle je ne me dis pas atteinte de cette maladie la plupart du temps, à moins que je connaisse vraiment la personne à qui j’en parle.

Non, une bipolaire ne va pas vous tuer. C’est plutôt moi qui cherche à me suicider quand je fais des dépressions nerveuses.

Et des tentatives… j’en ai fait pleins aussi. Car, quand la dépression est là, mon esprit est envahi d’idées noires, où je vois mille scénarios sur la façon dont je vais mourir.

Aujourd’hui, je fais ce qui est en mon pouvoir pour stabiliser cette maladie car je ne pourrai jamais en guérir.

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