Tu n’es pas là

Je voudrais que tu sois là, près de moi, sur le tabouret vide à mes côtés, devant ce bar de cuisine, avec ton éternel sourire. Je voudrais entendre ta voix enjouée, voir tes yeux briller, rire à tes côtés.
Je voudrais sentir ta présence, ta chaleur, ta sympathie.

Je voudrais que nous parlions de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, de la vie et de la mort, de ce monde qui tourne autour de nous. Mais je suis seule devant un café tandis que la fumée d’une cigarette posée dans le cendrier emplit l’atmosphère.

L’appartement est vide et froid. La pluie tombe doucement sur la ville plongée dans le noir.

Tu n’es pas là. Et pourtant, je n’arrive pas à y croire.

Tu as décidé de t’en aller loin de moi pour continuer ce chemin qu’on appelle la vie. Heureux à l’idée d’une nouvelle vie, d’un nouveau pays, tu as préparé tes affaires, me promettant de m’écrire, de revenir.

Je ne t’en voulais pas pour ton choix. Seulement, je n’arrivais pas à réaliser ce qui se passait. Je te souriais, t’encourageais et t’écoutais.

_ T’inquiètes pas ! On dialoguera sur Internet, me disais-tu.
_ Je sais bien mais j’ai peur qu’avec tes études, tu n’aies pas le temps.
_ Je trouverai le temps. Et puis tu sais bien que je reviendrai durant les grandes vacances, me répondais-tu.
_ Je sais mais c’est dur quand même !

Comment te dire que tu remplissais ma vie comme personne d’autre ? Comment te dire que ce n’était pas de l’amitié, ni de l’amour mais bien au delà ? Je n’ai pas trouvé les mots à ce moment-là.
Étrangement, ce soir, ils sont dans mon esprit. Plus vifs que jamais, attendant que tu les écoute mais tu n’es pas là.

Mes émotions me submergeaient, m’envahissaient jusqu’à me couper le souffle. Tu m’as prise mille fois dans tes bras, me consolais et me réchauffais encore avant que tu ne partes. Quelque part en moi, je sentais une étrange émotion qu’on appelle intuition.

Je prends la tasse et bois une petite gorgée de café. La pluie continue de tomber, la ville est étrangement silencieuse.

Plongée dans le noir, je décide d’allumer une bougie et je la pose sur le bar. Je reste assise à regarder le salon proprement rangé, le divan presque inutile, la télévision éteinte… ce petit lieu où nous avons tant ri et tant pleuré.

Il me semble te revoir assis sur ce divan, éclatant de rire lorsque tu me voyais sortir de la chambre avec une de mes nouvelles fringues extravagantes que je venais d’acheter. Soudain, ce salon insignifiant me semble empli de l’énergie chaleureuse que tu dégageais.

Je te revois sirotant délicatement le café, avec ton petit sourire malicieux tandis que je tournais sur
moi-même pour te montrer comme les nouveaux collants verts allaient si bien avec la robe bordeaux.

_  Mais c’est atroce ! Tu ne vas pas sortir comme ça ! disais-tu en riant.
_ Non, je l’ai acheté exprès pour aller voir mes parents !

Et tu éclatais de rire. C’est comme si ce soir, ton rire si expressif, si communicatif emplissait les murs de l’appartement.


Tu étais un ami, un confident. Les autres ne comprenaient pas vraiment la nature de notre relation mais avec le temps, leurs petites allusions lors des conversations ont disparu. Peut-être étais-tu ce grand frère que je n’ai jamais eu ?

Lorsque tu es parti en Amérique pour continuer ta licence en anglais, je me suis sentie tellement seule. Je t’écrivais de nombreux mails, attendais impatiemment les soirs où tu pouvais te connecter pour discuter en direct. Il me semblait alors que tu étais à nouveau près de moi, même si j’étais simplement assise devant un écran.

J’avais acheté une webcam et je continuais à te montrer mes nouvelles fringues extravagantes devant la webcam. Tu riais à nouveau, me lançais un petit clin d’œil. Ces moments étaient uniques.

La distance n’existait presque plus, je me sentais rassurée.

Tu me parlais de ta nouvelle vie, de tes études, de l’Amérique ainsi que de ton job étudiant et des nombreuses personnes que tu rencontrais. Tu me promettais d’aller voir le grand canyon comme je l’avais toujours désiré.

_ Et après on ira à Los Angeles ?
_ Si tu veux mais tu ne préfères pas New York ? répondais-tu
_ Ah non ! Moi, je veux le soleil, la plage et les beaux mecs !
_ Et croiser une star sur ton chemin, c’est ça ? Comme ça, vous pourrez vous marier et tu
deviendras riche et célèbre ! me disais-tu avec un petit clin d’œil.
_ Ah ! Le rêve américain !

J’allais voir de temps en temps tes parents qui étaient toujours heureux de m’accueillir comme leur fille. Nous parlions bien sûr de toi, des futurs projets et de la vie en général devant une tasse de café. Je devais normalement me rendre aux États-Unis durant les vacances de Noël et te faire la surprise de mon arrivée.

Malheureusement le destin n’en a pas décidé ainsi.

Les larmes commencent à couler sur mon visage. Penser à cet événement me trouble encore profondément. Pourtant, cela fait déjà un an et demi. Mais la souffrance est encore là, la plaie est ouverte et je ne sais pas si un jour elle va se refermer.

Je n’oublierai jamais ce coup de fil… ce coup de fil de tes parents… Cette émotion ou étrange intuition qui était en moi le jour de ton départ est remontée encore plus vive. Une petite voix me soufflait dans mon esprit je le savais….

Par moment, j’aimerais revenir en arrière et te dire de ne pas monter dans cette voiture-là, ce soir-là, de rentrer à pied ou avec quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui au moins n’aurait pas bu, n’aurait pas dit qu’il savait encore conduire après avoir avalé des litres d’alcool.

Accident de la route. Comme des millions de jeunes partout dans le monde. Mais toi, tu n’étais pas un jeune dans le monde. Tu étais Samuel, mon meilleur ami, mon frère, mon confident. Celui qui venait et buvait une tasse de café en me racontant sa journée. Celui qui rêvait d’enseigner auprès des enfants. Celui qui m’écoutait, qui riait et pleurait avec moi. Tu étais Samuel, pas un jeune parmi tant d’autres qui fait partie aujourd’hui des statistiques.

Non…

Je voudrais que tu sois là, près de moi, sur le tabouret vide à mes côtés, devant ce bar de cuisine, avec ton éternel sourire. Je voudrais entendre ta voix enjouée, voir tes yeux briller, rire à tes côtés.

Mais je sais que tu ne seras plus jamais près de moi.

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