La terrible vengeance de la Déesse

Actéon s’en allait à la chasse, fier et imbu car il était connu pour être le meilleur chasseur de la région. Tous les mois, à la pleine lune, il organisait des festivités dans son immense demeure pour ramener et déguster les proies qu’il avait chassées.

Ce jour-là, il partit avec ses quarante chiens et ses amis pour chasser, comme à son accoutumée. La chasse avait été bonne, il riait fort bruyamment sur son cheval avec ses amis tout en vantant ses mérites de chasseur.

_  Artémis, elle-même, ne peut chasser aussi bien que moi !  dit-il grossièrement.

Tandis que le jour laissait place à la nuit, la lune s’élevait lentement dans le ciel et la forêt revêtait son manteau nocturne.

Actéon resta vers l’arrière afin de s’assurer que tous ses chiens suivaient la troupe des hommes chasseurs lorsqu’il entendit de faibles rires féminins mais dont la sonorité était étrangement aérienne.

Intrigué, il décida de suivre cet écho et demanda à ses amis de continuer la route devant lui.

Il s’enfonça peu à peu dans la forêt, quittant les chemins connus. Plus il s’approchait, plus les rires se faisaient entendre, cristallins et purs.

Les arbres semblaient encore plus immenses, plus denses et il descendit de son cheval pour s’enfoncer encore plus entre les feuillages, guidé par ces voix qui devenaient de plus en plus envoûtantes.

Il marchait doucement, même si de temps en temps, il ne pu s’empêcher de faire craquer quelques morceaux de branches mortes. Ses pas ralentissaient, son dos se courbait tandis qu’il s’approchait d’un lieu encore inconnu dans cette forêt qu’il connaissait pourtant fort bien.

Caché derrière un buisson, ses yeux se fixèrent sur un groupe de femmes à la peau aussi étincelante et blanche que la lune qui brillait désormais haut dans le ciel. La clarté lunaire embaumait un lac dans lequel ces femmes nues se baignaient, en riant.

Actéon fut subjugué par tant de beauté et ses yeux furent ensorcelés par une femme entièrement nue, offrant son corps sublime à la lune, posée sur un rocher, tandis que d’autres femmes faisaient couler des gouttelettes d’eau le long de son corps.

Il comprit qu’il s’agissait de la déesse Artémis, entourée de ses nymphes, qui se baignait avant de rejoindre la lune. Sa beauté était extraordinaire et une aura de lumière semblait l’entourer. Il tenta de s’approcher encore légèrement pour observer ce spectacle qu’il ne pouvait plus quitter des yeux. Mais, une branche cassée sous son pied se fit entendre et les nymphes s’immobilisèrent, scrutant des yeux le bord du rivage.

Soudain, un cri strident retentit et une nymphe le désigna du doigt. Actéon était découvert !

Les nymphes hurlèrent et se précipitèrent vers la terre pour se vêtir tandis qu’Artémis se soulevait lentement de son rocher. Elle fixa Actéon qui sentit le regard de la déesse pénétrer tout son être, tandis que l’aura blanche et chaleureuse qui se dégageait d’Artémis faisait place peu à peu à une aura écarlate, lourde, chargée de la terrifiante colère de la déesse.

Actéon comprit sa terrible erreur et craignait déjà le châtiment sévère de la déesse. Tandis qu’il se retourna pour fuir, il eut terriblement mal à la tête. La douleur était atroce mais semblait dès lors parcourir tout son corps. Ses bras s’étiraient, son dos se tordait et il fut obligé de se courber. Alors qu’il hurlait, sentant la peau de son crâne se déchirer, il sentit sa langue devenir plus longue et plus râpeuse.

Ces quelques minutes lui semblèrent une éternité, il sentait son être chanceler, sa tête devenir plus lourde, comme si quelque chose venait de s’y poser. Lorsqu’il ouvrit les yeux, Actéon commençait seulement à comprendre ce qu’il s’était produit : la déesse l’avait transformé en cerf.

Il observa ses bras devenus des pattes et vit sur le sol ses vêtements déchirés lors de la transformation. Ses yeux de cerf percevaient avec plus de sensibilité la nuit qui l’enveloppait. Ses narines reniflaient l’air frais et l’odeur des feuillages mais dans cette respiration nouvelle, il sentit l’odeur de ses quarante chiens. Actéon comprit qu’il devait fuir. Ses chiens étaient entraînés depuis bien des années à renifler et pourchasser toute proie, d’autant plus qu’il les laissait affamés avant la chasse pour être sûr de ses gains. Voici qu’il venait de comprendre la terrible situation dans laquelle il se trouvait que ses chiens s’approchaient déjà.

Actéon courut, courut et trébucha dans sa nouvelle forme mais la peur l’avait déjà envahit et il se releva autant qu’il le pouvait sur ses pattes, cherchant un nouvel équilibre pour fuir, pour sauver sa vie.

Il courut mais les chiens se rapprochaient, de plus en plus, et commencèrent à arriver à son niveau. Il sentit toute la peur dans ses entrailles, voyait sa vie défiler mais gardait l’ultime espoir fou de tout animal devenue une proie : survivre.

Il courut encore et encore, écorché par les branches qui semblaient contre lui. Il tenta désespérément de quitter cette forêt, de retrouver son chemin jusqu’à sa demeure.

Il tentait comme il le pouvait de sauver sa vie.

Mais cet espoir fut anéanti lorsqu’il sentit un croc percer sa peau. Subitement, d’autres crocs l’assaillirent et il tomba tandis que les chiens se jetèrent sur lui, avec une énergie folle issue de leurs ventres affamés.

Dévoré, Actéon fut dévoré par ses propres chiens. Tel fut le châtiment terrible de la déesse.

Catégorie Nouvelles
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