Etre…

Je voudrais, je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Etre, moi, je, cet égocentrisme plongé dans la mélancolie du non-être, de tout ce que je ne suis pas.

Cet être parfait, si loin, inexistant dans mon existence. Imparfait dans mon monde intérieur, différent, absent de mon histoire. Une drôle d’histoire, remplie de solitude, d’inquiétude, d’admiration pour cet être que je ne suis pas, que je ne serai pas.

J’imagine alors ma mort. Moi, encore moi, qui me déteste, m’aime parfois… Cet égoïsme, une réelle perte de la notion du chemin qui m’a conduite là,  à être nulle part justement.

Parmi d’autres, dans leurs vies, jamais la mienne. A traverser des mondes, explorer des univers clos, les voir se croiser, se fondre parfois pour continuer leur chemin. Et moi, dans tout ça, ailleurs, dans un monde que je partage seule, mon propre monde, vide et plein à la fois.

Je ne suis nulle part, toujours ailleurs, jamais chez moi. Pas de cocon, pas de famille, pas de lien, pas d’origine et encore moins de culture…

Je vois des bulles que je traverse tel un fantôme qui ne sait plus dans quel monde il a vécu. Je vois des cocons, bien fermés mais qui me laissent observer à travers la fenêtre ce qu’il se passe dans ces mondes.

Ce n’est pas mon histoire, ce n’est pas un membre de mon corps, ce n’est pas moi mais je traverse avec ces émotions qui n’ont pas de raison d’être. Je n’ai pas de place, je n’ai que ma place, une drôle de place dans un monde qui n’a pas créé ma place.

Je suis seule, orpheline, abandonnée par moi-même, explosée dans l’histoire que j’ai voulue créer mais qui n’a jamais existé.

Il a, un jour, lu l’un de mes poèmes. Du haut de mes onze ans, je pleurais dans le lit, effrayée qu’il m’ait découverte, qu’il ait lu cette tristesse. Il s’est assis au bord de mon lit et a cherché des mots pour me réconforter. Je n’ai pas entendu ces émotions, il tentait si bien de les dissimuler que je n’entendais que ses mots, à moitié, effrayée qu’il m’ait découverte.
Il voulait m’expliquer ce que j’appelais encore notre histoire, cette explosion que l’enfant a toujours crainte tant elle l’a vécu. Je n’ai rien dit, je l’ai juste écouté, prise de compassion devant son attitude et en même temps étonnée qu’il me consacre le temps de trouver des mots qu’il avait, lui-même, du mal à trouver pour son être.

Puis le temps est passé et chacun a tenté de construire son propre univers. Quelques rares fois, nous nous sommes retrouvés, tous les quatre dans ce monde qu’on avait construit, sur ce bateau de fraternité, tissé avec les liens qui nous avaient unis lorsque la tempête s’abattait au cœur de la nuit.
Et j’ai alors retrouvé mon univers, un réel univers dans lequel j’avais ma place, dans lequel je ne cherchais plus à être, je ne cherchais plus mon être.

Un moment unique, un instant dans le temps infini de la vie. Puis, la page fut tournée et je me suis retrouvée de nouveau sur ce même chemin.

J’ai traversé des univers. J’ai parcouru des mondes différents. A chaque fois, j’absorbais toute la réalité qui s’en dégageait et quelques fois, je me suis crue à l’intérieur de certains univers.

Puis, les mots, les regards, les choses qui étaient oubliés au moment où j’attendais… Et je me suis rappelée alors que je ne faisais pas partie de ces univers, que je ne faisais que les traverser, lire une histoire, observer à travers la fenêtre, regarder une télé qui me racontait la vie ici sur terre.

Dans ces moments où la réalité, gentille Dame, me rappelait à ma place, j’ai recherché le seul univers, le vrai, celui dans lequel la question de ma place n’existait pas.

Elle avait voulu abandonner cet enfant qui n’était pas encore née. Les cartes parlaient de malheur, de poids, d’un poids qu’elle avait déjà connu avec son premier enfant. Elle avait voulu s’épargner, épargner ce qui se disloquait déjà. Alors, cet instant se grava dans l’enfant qui, juste vivant, sentait qu’il n’avait pas sa place.
Mais l’enfant fut sauvé. Et cette histoire devint son prénom. Pourtant, ce petit instant, insignifiant, si bref dans l’infinité de la vie s’est inscrit dans toutes les cellules de son être, car elle ne devait pas être, elle ne devait pas naître selon Dame Raison.
Pourtant, elle fut née mais cherche encore à être.

Son univers semble avoir changé, la galaxie n’existe plus, retournée dans le trou noir qui s’est formé au sein de la nébuleuse.

Depuis, elle traverse des univers, elle cherche des mondes, elle se tisse dans les cocons… mais rien, non, rien ne pourra créer cette place car elle n’a pas de place.
Ni culture, ni origine, ni famille, ni cocon, ni histoire… juste un mélange de tout, du monde, des mondes, prenant un peu de ci, de là, des autres, cherchant à croire qu’un jour, elle sera peut-être ou pourra enfin naître.

Quelques fois, je retourne, retrouve mon univers ou espère que ce n’était pas une illusion.

Je voudrais, oui, je sais ce que je voudrais. Mais je rêve, je ne fais partie d’aucun univers. Je ne fais que traverser les temps, les plans, les maisons, les villes, les pays en cherchant d’autres qui, comme moi, n’ont pas de place pour croire encore un peu certains soirs qu’on peut créer sa propre place.

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