Archive pour la catégorie »Mes textes«

Le verre

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein ? Lisa se remémorait ce que Jean, son mari, disait à chaque fois qu’il voyait son verre de vin posée sur la table.

_ Le verre est à moitié plein. C’est comme ça que tu dois voir la vie.

Voir la vie, hein ? Lisa n’avait pas la tête à philosopher ce soir. Pour elle, le verre était rempli à moitié. Tout simplement. Elle tendit la main pour en boire une gorgée mais s’arrêta dans son élan. Était-ce raisonnable ? Non, plus rien n’était raisonnable maintenant. Elle avait tout perdu. Du moins, c’est ce qu’il lui semblait.

Le verre trônait en maître au milieu de la table basse proprement rangée comme le reste de l’appartement. Rien ne marquait le décès fulgurant de Jean. Son corps était absent. Peut-être que son âme était présente mais Lisa ne sentait rien d’autre que la présence de ce verre de vin blanc qu’elle n’avait pas touché depuis 12 ans.

12 ans d’abstinence totale, pas la moindre goutte d’alcool depuis qu’elle allait aux réunions d’Alcooliques Anonymes.

C’était Jean qui l’avait conduite un soir. Non pas qu’il n’en pouvait plus, il n’avait pas posé d’ultimatum non plus. Il l’a simplement prise, habillé et a même préparé son sac. Il avait téléphoné, noté l’adresse tandis qu’elle déambulait dans un état ivre en lui répétant :

_ Je n’irai pas à cette foutue réunion !

Il a juste souri et l’a prise par le bras. Il l’a regardé mais avec son fameux regard, celui que Lisa ne parvenait pas à résister. Les yeux bleus de Jean brillaient d’amour et de compassion. Ils brillaient d’une autre lueur indéfinissable. Quelque chose qui faisait toujours craquer Lisa même lorsqu’ell était complètement ivre. Alors, elle se décida à le suivre sans résister car aucune résistance n’était possible face à un tel regard.

Ils sont arrivés à la maison de quartier et ont cherché la salle « Les beaux murs ». Lisa explosa de rire et dut se tenir contre le mur tellement le fou rire lui provoqua des convulsions nerveuses. Jean ne put s’empêcher de rire avec elle, en ajoutant :

_ Oui, en effet. « Les beaux murs », terrible comme nom de salle pour ta première réunion !

Ils sont entrés dans la salle où une quinzaine de personnes s’installaient devant des tables disposées en cercles. Dans un coin, une table offrait des gâteaux ainsi que du café et du thé. Lisa s’y dirigea et lança à l’assemblée, encore un peu ivre :

_ Il n’y a pas d’alcool ?

Certains ont souri puis un homme s’approcha d’elle et se présenta.

_ Bonjour, je m’appelle Richard. C’est votre première réunion ?

Dans le ton de sa voix, il n’y avait aucun jugement, ni reproche face au comportement provocateur de Lisa qui s’est senti soudainement… bête ! Richard a souri et a tendu la main en lui disant :

_ Vous savez, moi aussi, je suis venu complètement bourré lors ma première réunion. J’ai beuglé comme pas possible. Pour vous dire la vérité, j’avais beaucoup de colère et c’est ma femme qui m’a conduite ici. Je suppose que l’homme qui vous accompagne est votre mari ?

_ Heu… oui…

_ Ne vous inquiétez pas. Ici, vous êtes en lieu sûr. Personne ne vous jugera. On sait tous ce que vous vivez parce qu’on l’a vécu également. Tout ce qu’on demande, pour la protection du groupe, c’est que vous veniez sans alcool sur vous. Donnez-vous une chance en participant à cette réunion.

Subitement, Lisa fonda en larmes. Richard avait touché une corde sensible. Il avait senti en elle toute la colère qu’elle tentait d’étouffer en buvant chaque jour de sa vie depuis bien longtemps. Est-ce que Jean savait ? Est-ce que Jean avait senti cette colère enfouie qu’elle tentait de noyer dans chaque verre de vin ou d’alcool qu’elle se servait ?

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Vers toi

Je tends à imaginer que tu es là, quelque part, à me regarder ou même m’écouter. Je tends à sentir ta présence et ton énergie, quelque chose de si doux que j’ai senti que je regrette… maintenant.

Je tends à croire que tu m’as aimé, comme je t’aimé, qu’on a partagé un chemin ensembles et que j’ai dû t’abandonner. J’aimerais aussi croire que tu m’as comprise mais tu me l’as dit.

Je t’ai vu t’en aller. Non, ce n’est pas moi. Quelque chose en moi t’a vu t’en aller alors que mon esprit errait dans le monde de la psyché, quelque part, loin de mon corps.

J’ai tant imaginé ce que tu serais, ce que nous serions. J’ai tant aimé le moment où je sentais ta présence et ton énergie. Etais-je folle de parler avec toi ? Moi qui sens tout jusqu’au plus profond de mes entrailles ? Non, je ne le crois pas. Je tends à penser que je suis bien plus saine que toutes ces femmes qui ne ressentent pas la moindre parcelle de vie dans leur propre corps. Et j’ai compris alors, à travers les mots que tu m’envoyais, que toute vie est bien plus précieuse qu’on ne pourrait l’imaginer.

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La terrible vengeance de la Déesse

Actéon s’en allait à la chasse, fier et imbu car il était connu pour être le meilleur chasseur de la région. Tous les mois, à la pleine lune, il organisait des festivités dans son immense demeure pour ramener et déguster les proies qu’il avait chassées.

Ce jour-là, il partit avec ses quarante chiens et ses amis pour chasser, comme à son accoutumée. La chasse avait été bonne, il riait fort bruyamment sur son cheval avec ses amis tout en vantant ses mérites de chasseur.

_  Artémis, elle-même, ne peut chasser aussi bien que moi !  dit-il grossièrement.

Tandis que le jour laissait place à la nuit, la lune s’élevait lentement dans le ciel et la forêt revêtait son manteau nocturne.

Actéon resta vers l’arrière afin de s’assurer que tous ses chiens suivaient la troupe des hommes chasseurs lorsqu’il entendit de faibles rires féminins mais dont la sonorité était étrangement aérienne.

Intrigué, il décida de suivre cet écho et demanda à ses amis de continuer la route devant lui.
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Il se cache derrière la lune

Il se cache derrière la lune une sorte d’amertume, un peu de mal-être et une tempête de révolte.

Il se cache derrière la lune tous ces mots que je n’ai pas prononcés, ces larmes non-versées mais aussi ce cœur explosé. Loin du regard insouciant de tous ces gens qui ne comprennent pas, qui ne voient rien d’autre que cette Lune qui reflète la lumière du soleil pour sourire, leur sourire, dire que tout va bien.
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Etre…

Je voudrais, je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Etre, moi, je, cet égocentrisme plongé dans la mélancolie du non-être, de tout ce que je ne suis pas.

Cet être parfait, si loin, inexistant dans mon existence. Imparfait dans mon monde intérieur, différent, absent de mon histoire. Une drôle d’histoire, remplie de solitude, d’inquiétude, d’admiration pour cet être que je ne suis pas, que je ne serai pas.

J’imagine alors ma mort. Moi, encore moi, qui me déteste, m’aime parfois… Cet égoïsme, une réelle perte de la notion du chemin qui m’a conduite là,  à être nulle part justement.

Parmi d’autres, dans leurs vies, jamais la mienne. A traverser des mondes, explorer des univers clos, les voir se croiser, se fondre parfois pour continuer leur chemin. Et moi, dans tout ça, ailleurs, dans un monde que je partage seule, mon propre monde, vide et plein à la fois.

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Sans un mot, sans un bruit

Un vieux poème que j’avais écrit il y a fort, fort longtemps…

 

Sans un mot, sans un bruit.

Je marche pendant la nuit.

Écoutant le profond silence.

Oubliant la guerre et la violence.

 

Sans un bruit, sans un mot.

Mon coeur est trop gros.

Rempli de peines et de tristesses.

Et en manque de tendresse.

 

Sans un mot, sans un bruit.

Tombe la pluie.

Le ciel couvert de nuages gris.

Et mes larmes se mélangent aux gouttes de pluie.

 

Par moment, même si ce poème a été écrit il y a bien longtemps, il revient d’actualité.

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